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 L'autobus en délire

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Lutin Dominique
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MessageSujet: L'autobus en délire   Mer 23 Sep - 18:52

L’AUTOBUS EN DÉLIRE
Je suis chauffeur d’autobus depuis quarante-deux ans. D’ailleurs, je vais bientôt prendre ma retraite. Mon nom est Toussaint Sansoucy. Ça peut sembler banal un autobus: pourtant, c’est tout un monde! Vous n’avez pas idée. Laissez-moi vous raconter quelques pages de ma longue carrière dans le transport. Je ne m’y suis vraiment pas embêté!

J’aime beaucoup mes clients ; je les appelle mes voyageurs. Sans eux, je n’aurais pas de gagne-pain. Ma clientèle est composée de gens très variés: des travailleurs en tous genres, des étudiants petits et grands construisant leur avenir et des familles utilisant mon véhicule pour tous leurs besoins.

Et puis, il y a les autres. Je veux parler des grands-parents, des retraités, dont je ferai bientôt partie. Ces gens sont presque mes préférés. J’ai dit presque, je ne voudrais pas faire de jaloux. Ces personnes ont toujours un bon mot pour moi, quand ce n’est pas une pastille de menthe ou un carré de sucre à la crème. Certains recherchent une bonne oreille pour y abandonner une peine ou un secret. D’autres m’amusent avec une bonne blague. Ils sont rarement pressés et me font partager leur bonne humeur.

Il y a des jeunes gens qui se sont rencontrés dans mon autobus et qui se sont mariés. J’ai même connu leurs enfants. J’ai rencontré toute sorte d’ados. À commencer par ceux du temps d’Elvis Presley jusqu’à ce jeune punk dernièrement faisant fuir tous mes passagers. Mais non, ce n’était pas l’odeur…C’était son rat !
Parfois, il m’arrive de trouver des objets oubliés dans mon autobus. Bien sûr, il y a mes classiques: gants, lunettes, parapluies. Mais également des trouvailles assez inattendues: j’ai mis la main sur un gâteau de noce, un joli petit chiot tout tremblant et un coussin à pet sans doute oublié par un petit malin envahi d’un grand fou rire. Oh ça me fait penser…

À une certaine époque, j’ai eu un petit passager très spécial. Ah ! l’inoubliable Damien. Une tignasse rousse toute bouclée, des grands yeux bruns presque noirs, dans un petit visage plein de taches de son. Environ dix ans, l’air plus qu’espiègle avec comme du soleil dans les yeux et une espèce de joie de vivre étonnante. Damien trouvait sans doute les trajets de mon véhicule trop calme. Voilà qu’il se met en tête de changer l’ambiance de mon autobus.

Ah le p’tit bonjour, je ne l’oublierai jamais ! Il a fait mentir mon nom plus d’une fois. Une fin d’avant-midi voilà mon Damien, chargé comme un mulet, qui s'aventure dans mon autobus. J’aurais dû me douter qu’il n’était pas qu’un petit sportif.
— Bonjour M. Sansoucy, vous allez bien ?
— Bonjour Damien, tu as vu le soleil ce matin, on ne peut aller mieux quand il brille ainsi.
— Ouais c’est certain, s’il-vous-plaît, pourriez-vous m’avertir quand nous arriverons au boulevard Pie IX ?
— Bien sûr mon grand.

Je roule depuis trois coins de rue, quand tout à coup, un brouhaha indescriptible s’installe dans mon véhicule. Des gens crient, sautent, rient. Des femmes hurlent pour descendre. Quelques enfants rigolent, certaines personnes paniquent. Le temps de faire une inspection sommaire, je me rends compte qu’on a vidé un gros pot de sauterelles sur le sol. Ni vu ni connu. Les sauterelles bondissent sur les jambes des femmes effrayées. Tout au fond de l’autobus, il y a un Damien, mort de rire.

Un certain matin d’Halloween, le froid et le vent rendaient mes voyageurs maussades. Damien s’amusait à frapper sur l’épaule des gens et quand ceux-ci se retournaient, il exhibait un masque des plus monstrueux. Cela déridait les passagers. Ils le trouvaient amusant jusqu'à ce qu’une vieille dame en fit presque une syncope, la pauvre.

Je ne l’ai pas réprimandé le jour où il s’amusait follement à éternuer très fort, en arrosant les gens devant lui avec un pistolet à eau. Les passagers surpris et dégoûtés se retournaient pour apercevoir un Damien souriant de toutes ses dents et brandissant son jouet.

Il n’était pas méchant ; c’était plutôt pour se distraire. Toutefois, il possédait un cœur d’or. Cette année-là, quelques jours avant Noël, il s’était assis tout près de la porte. Chaque passager payant son billet, recevait des mains de Damien une poignée d’arachides en écales et un souhait des plus joyeux et enthousiasme. Les voyageurs lui souriaient puis, encouragés par cet enfant, fraternisaient et formulaient de bons vœux entre eux. Il avait le tour le p'tit bonjour. Il mettait de la joie et de l’amitié dans mon autobus. Il commençait à être connu pour ses blagues. Un matin, il est arrivé avec une petite boite à bijoux. Il me dit : J’ai trouvé quelque chose au parc hier ; j’aimerais bien vous le montrer. Il ouvre sa boite ! Complètement ahuri, j’aperçois un doigt sanguinolent reposant sur un carré d’ouate ensanglantée. Quand il eut fini de me stupéfier, il me dévoila son propre doigt qu’il avait inséré par un trou dans le fond de la boite. Un index qu’il avait barbouillé de mercurochrome. Il fallait le voir se promener dans l’autobus pour faire admirer son doigt par les passagers.

Un jour pourtant, il a dépassé les bornes. C’était une belle matinée d’été, il régnait une chaleur torride. Mon rouquin s’amène sourire aux lèvres, heureux d’être en vacances. Il me déclare qu’il s’en va se baigner à la piscine municipale . C’est évident, il a une serviette roulée sous le bras. Il s’installe sur un banc double. Moi, le connaissant, je surveille dans le rétroviseur, ses moindres gestes. À part le fait qu’il change souvent de place, il n’y a rien de répréhensible à sa conduite. Les gens commencent à envahir l’autobus. Le sourire est sur toutes les lèvres. La journée est bien partie, il fait si beau ! Je roule depuis quelques temps, quand soudainement une rumeur s’élève du fond de mon véhicule.

La colère gronde, les gens s’énervent, des disputes éclatent. J’arrête mon autobus et je cherche Damien du coin de l’œil. Disparu, aucune trace du petit espiègle. Par la fenêtre au dessus des têtes de mes voyageurs, je le surprends tournant le coin de la rue, la tête baissée. Qu’a-t-il bien pu faire encore ? Une femme en colère descend de l’autobus et s’engouffre dans un taxi. Un homme d’affaire engueule un adolescent abasourdi. Deux hommes, rouges de fureur, s’insultent en gesticulant et postillonnant.

Les pieds me collent au sol. Les personnes assises ont de la difficulté à s’extirper de leur siège. L’ambiance est à couper au couteau ; on sent l’ hostilité qui rôde. Tout le monde se suspecte. Quelqu’un a joué un tour pendable, ce n’est vraiment pas drôle.

Sur un siège vide, j’aperçois une coulée dorée ; de mon index, j’en ramasse un échantillon et l’hume. Je goûte. C’est du miel. Le petit sacripant, il a badigeonné mon autobus de miel ! Après des excuses auprès de mes gens, je rentre mon autobus au garage pour un bon nettoyage. Moi, il me reste un bon savonnage de conscience à faire à un jeune garçon.

Le soir même, je rencontre un Damien honteux en la présence de ses parents. Selon leur dire, c’est un enfant raisonnable et studieux. Ils sont tous les deux déroutés.

— Par ton manque de jugement, Damien, des gens ont manqué des rendez-vous importants ce matin. D’autres sont arrivés en retard au travail. Certains ont peut-être perdu leur emploi. Tu as obligé des gens d’entretien à fournir un effort inouï, pour tout nettoyer en ce temps de grande canicule. Tu as déréglé mon parcours en m’obligeant à changer d’autobus. Plusieurs passagers ont dû attendre pendant des heures. Quel âge as-tu Damien ?
— J’ai onze ans, marmonna-t-il
— Tu n’es pas très responsable pour un garçon d’onze ans. Tu n’as certainement pas réfléchi ce matin, avant de poser ton geste.
Damien, rouge et confus, pleure et chuchote :
— J’ai compris, je m’excuse. J’aurais pas dû faire ça. Je ne recommencerai plus.
— Enfin j’espère que tu apprendras de cette leçon !
Devant autant de repentir, mon cœur se laissa attendrir. Je savais bien qu’il n’avait voulu que s’amuser ; il avait mal calculé son tour. Un manque de réflexion. Cette fois-ci sa blague n’était pas réussie. Dans l’ensemble, ce n’était pas un mauvais petit gars. D’habitude, il était toujours poli, souriant. C’était un garçon très intelligent. J’étais sûr qu’il profiterait de la réprimande.

Nous avons continué à faire le trajet ensemble ; il s’était assagi. Cependant, je retrouvais mon petit passager toujours plein de bonne humeur et de sollicitude pour ses semblables.
— Joyeux Noël, monsieur Sansoucy !
— Joyeux Noël Damien, profite bien de tes vacances !

Puis le temps a passé. Après son adolescence, Damien a quitté mon autobus. Il entreprit des études supérieures. Je ne le revis plus. D’autres petits rouquins aux grands yeux pleins de soleil, sont venus séjourner dans mon autobus, avec d’autres sourires moqueurs. Pourtant, jamais plus de tours pendables. Fiou !

Il y a six ans, ma femme est tombée gravement malade. Elle faisait de la fièvre depuis deux jours ; elle n’en menait pas large ma pauvre Blandine. N’en pouvant plus de la voir souffrir ainsi, je décide de l’amener à l’hôpital. Un grand gaillard de six pieds deux nous reçoit. En rentrant, il me demande mon nom.
— C’est pas pour moi, c’est pour ma femme, docteur. Elle fait de la fièvre depuis deux
jours ; elle a vomi. Et je suis très inquiet.
— Je vois, répond le médecin en feuilletant le dossier. Blandine Beauséjour, cinquante-six ans. Étendez-vous madame, je vais vous examiner. Avez-vous eu de la diarrhée, des étourdissements ?
— Non docteur, répond Blandine
— Et vous monsieur, je peux connaître votre nom ?
— Toussaint Sansoucy.
— Je me disais bien aussi, que je vous avais déjà vu. Dr. Damien Leroux, me dit-il en me tendant la main. Vous souvenez vous de moi ?
Comme si j’avais pu l’oublier !
— Bien sûr voyons, on n’oublie jamais un petit joueur de tour. Tu es devenu médecin, cela ne me surprend pas. Tu avais déjà beaucoup de compassion pour les autres malgré ton jeune âge.

N’empêche qu’il l’a sauvée ma Blandine. Elle souffrait d’une péritonite. Ce jour-là, elle n’est pas sortie de l’hôpital. Le docteur Damien y a vu. C’est bien pour dire, le monde est petit. Je ne pensais pas retrouver mon petit rouquin, un jour. Mon petit joueur de tours !

Il y a une vingtaine d’années, je lui rendais service avec mon autobus. Maintenant, c’est à lui de me rendre service avec sa médecine. Et quel service ! Il a sauvé ma femme. Les humains forment une chaîne ; on est tous reliés les uns aux autres. Seul, on est bien peu de choses. On a tous besoin des autres. Comment serait l’humanité s’il n’y avait pas de pompiers, de bouchers, d’avocates, de médecins, de mécaniciennes ? Nommez-les ; on a besoin de tous les métiers. Si personne ne ramassait les ordures, le monde serait joli… Et je préfère ne pas imaginer l’odeur. Ne cherchez pas, on ne s'en sort pas sans les autres. Chacun fait sa petite part et c’est ça la vie.

Damien est devenu notre médecin de famille. Dans son bureau, sur la bibliothèque , il y a une photo d’enfant. Une petite fille aux yeux verts avec une chevelure rousse toute bouclée. Une drôle de frimousse espiègle, avec comme du soleil dans les yeux et une espèce de joie de vivre étonnante. Ça me rappelle quelque chose, ces petits yeux là !

c'est ce texte qui m'a valu 300.00 dollars en 2004 c'était le prix littéraire LURELU de plus il l'ont publié dans leur revue
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streletsie
Renne Rudolph
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MessageSujet: Re: L'autobus en délire   Mer 23 Sep - 20:48

Louise il était bien coquin ton petit Damien loll Très joli ton conte, j'avais hâte de savoir quelle connerie il ferai au prochain trajet!!!
Merci.
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Lutin Dominique
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MessageSujet: Re: L'autobus en délire   Mer 23 Sep - 23:52

merci Thérèse

il t'a amusé mon petit Damien c'est ce qui compte pour moi
bye mon amie
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Nathou
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MessageSujet: Re: L'autobus en délire   Jeu 24 Sep - 0:21

j'ai bien aimé, s'est super
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Lutin Dominique
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MessageSujet: Re: L'autobus en délire   Jeu 24 Sep - 2:02

merci Nathou
je suis contente
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roden164
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MessageSujet: Re: L'autobus en délire   Jeu 24 Sep - 13:59

Génial Dominique, c'est une très belle histoire, racontée de bien jolie manière, j'ai plus eu l'impression qu'on me la racontait que de la lire moi-même... Toute l'histoire est une belle leçon avec une fin qui ne manque pas d'originalité. Décidément, il y en a des talents sur ce forum ! Je ne suis pas étonné que tu aies gagné un prix avec ce récit !
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Lutin Dominique
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MessageSujet: Re: L'autobus en délire   Jeu 24 Sep - 19:23

merci beaucoup Gaétan
c'est très gentil a toi
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MessageSujet: Re: L'autobus en délire   

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L'autobus en délire
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